Interview adhérent : FIGEM – Pierrick Le Loeuff
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La Fédération nationale des Groupes d’entraide mutuelle (FIGEM), rassemble et représente les Groupes d’entraide mutuelle, avec une attention particulière portée à l’autonomie des personnes concernées, à leur place dans la cité et à leur participation aux politiques de santé mentale.
Les GEM sont nés dans le prolongemaent de la loi de 2005, qui reconnaît notamment le handicap psychique. Ils sont pensés comme des lieux non médicalisés, fondés sur le statut associatif, l’entraide entre pairs, la citoyenneté et la reprise de pouvoir d’agir.
La FIGEM, adhérente de Santé mentale France, est un acteur engagé autour du rétablissement en santé mentale. À travers cette interview, Pierrick Le Loeuff, Délégué Général de la FIGEM, revient sur les enjeux quotidiens des GEM, l’importance du collectif dans le champ de la santé mentale, ainsi que sur les liens construits avec Santé mentale France au fil des années.
Pouvez-vous revenir sur l’histoire des GEM, votre parcours, et les enjeux que vous portez aujourd’hui au sein de la FIGEM ?
Pierrick Le Loeuff : La FIGEM est l’héritière du CNIGEM (Collectif Nationale Inter GEM) né en 2009. À l’époque, plusieurs acteurs, ont très vite compris l’importance de se regrouper, de mutualiser et de travailler ensemble autour des Groupes d’Entraide Mutuelle.
Car si l’ensemble des GEM partagent un objectif général d’entraide et d’action en pairs, chaque GEM est également différent. C’est pour défendre ce double objectif, le commun et l’autonomie que se sont regroupés ces objets singuliers, reconnus par la loi de 2005. Chaque association définit en effet ses statuts, son règlement intérieur, sa charte, son fonctionnement. Ce n’est pas un dispositif médico-social ou sanitaire et c’est justement cette autonomie qui fait la force des GEM.
C’est d’ailleurs en partie ce qui a motivé mon engagement auprès de ces groupes d’entraide : je viens en effet du social et de l’éducation populaire, porté par un fort attachement aux questions de citoyenneté, de participation et de pouvoir d’agir. Aujourd’hui, au-delà de mon rôle de Délégué Général, je travaille de plus dans un GEM autogéré. Cela veut dire que ce sont les adhérents qui gèrent le fonctionnement du GEM et ce n’est pas toujours le cas. Certains GEM sont en effet administrés par des associations partenaires qui sont bien intentionnées et qui ont parfois un vrai rôle de soutien, mais qui ne permettent pas de récupérer l’ensemble des capacités de gestion auprès des adhérents. L’autogestion, c’est donc un modèle très important pour nous, parce qu’il permet aux personnes concernées de reprendre leur pouvoir d’agir, en totalité.
L’un des grands enjeux aujourd’hui, c’est justement de défendre cette autonomie, pour accompagner les GEM vers plus d’autogestion, plus de participation réelle et plus de reconnaissance. Afin que les GEM restent des espaces portés par les adhérents eux-mêmes et non des structures pensées à leur place. C’est cette vision partagée de l’autonomie et de la participation qui a nourri la construction de liens historiques entre la FIGEM et Santé mentale France.
Comment ces liens se sont-ils construits au fil des années ?
Pierrick Le Loeuff : Les liens sont anciens. Historiquement, les trois grandes fédérations qui ont accompagné la naissance des GEM sont Croix-Marine [Ancêtre de Santé mentale France], l’Unafam et la Fnapsy.
Dès le départ, il y a eu des personnes au sein de Santé mentale France qui croyaient fortement aux GEM, alors que ce n’était pas évident à l’époque. À un moment où une partie du secteur médico-social et sanitaire restait très sceptique vis-à-vis de ces lieux d’entraide entre pairs, certaines personnes de la fédération ont joué un rôle important de médiation et de mise en lien entre les différents acteurs. Ce soutien a été précieux pour la construction du CNIGEM puis de la FIGEM.
L’adhésion à la fédération vient donc de cette histoire partagée. Il y a toujours eu une confiance et une volonté d’évoluer ensemble.
Quel regard portiez-vous sur Croix-Marine puis Santé mentale France, et comment cette perception a-t-elle évolué avec le temps ?
Pierrick Le Loeuff : Cette histoire commune explique le regard que la FIGEM porte sur l’évolution de Santé mentale France. À l’époque, Croix-Marine était déjà un acteur important et investi dans les enjeux de santé mentale. De notre côté, nous portions aussi des attentes fortes autour de la place des personnes concernées et de l’évolution de certaines pratiques. Croix-Marine avait cette volonté de faire dialoguer des acteurs aux approches parfois différentes, ce qui pouvait parfois rendre certaines prises de position ou dynamiques collectives moins lisibles.
Aujourd’hui, je trouve que Santé mentale France a beaucoup évolué. La fédération a conservé son ADN fédérateur tout en affirmant davantage sa place dans le débat public. On sent une dynamique plus forte autour de la représentation, du plaidoyer et de la mobilisation collective, notamment à travers son implication dans le Collectif Santé mentale – Grande cause nationale [la fédération est co-fondatrice et co-animatrice du CSMGC]. Santé mentale France joue un véritable rôle de coordination et de mise en lien des acteurs, ce qui permet de construire des réponses plus collectives et plus cohérentes.
Je trouve aussi qu’il y a une attention croissante portée à la parole et à la participation des personnes concernées. Il reste encore des choses à construire et à améliorer, mais on sent une évolution réelle et une volonté d’avancer dans ce sens.
Quelles sont les valeurs portées par la fédération qui font écho à votre propre engagement ?
Pierrick Le Loeuff : La première valeur, c’est le collectif. Je pense vraiment que l’avenir sera collaboratif et participatif. On ne peut plus avancer chacun de son côté. La période Covid l’a montré : à un moment, tout le monde a vu ses propres limites, et la nécessité de travailler ensemble.
Il y a aussi la valeur de participation. Les personnes concernées doivent être au centre du jeu. Pas seulement consultées, pas seulement invitées pour témoigner, mais réellement actrices, représentantes, décisionnaires.
Une autre valeur importante, c’est la reconnaissance de la diversité des acteurs. Santé mentale France rassemble des personnes concernées, des professionnels du sanitaire, du médico-social, du social, des associations, des fédérations. C’est cette capacité à faire dialoguer qui est précieuse.
Cette capacité à fédérer se traduit aussi très concrètement dans les actions menées avec les adhérents.
Au-delà des valeurs partagées, qu’est-ce que cette coopération avec Santé mentale France vous apporte concrètement au quotidien ?
Pierrick Le Loeuff : Santé mentale France coordonne, rassemble, elle donne du poids à des combats qui, isolément, seraient beaucoup moins audibles.
Elle apporte aussi une forme de légitimité. Pour les GEM, c’est très important, parce que les personnes concernées ont encore souvent du mal à faire reconnaître leur place, leur expertise, leur légitimité. Avoir un appui comme Santé mentale France permet de renforcer cette reconnaissance.
Il y a aussi un apport très concret sur la formation. Nous avons travaillé avec Santé mentale France sur plusieurs sujets, notamment autour des Premiers secours en santé mentale (PSSM) adaptés aux GEM, puis sur le développement de nos propres formations. Aujourd’hui, nous avons besoin de former les acteurs des GEM : les adhérents, les salariés, les parrains, les gestionnaires. On ne peut pas demander à des personnes de représenter leur GEM ou de participer à des instances sans les outiller.
Santé mentale France nous apporte cet appui technique, professionnel, structurant. C’est précieux.
Pourquoi des espaces collectifs comme le Congrès Réh@’b, les Ateliers du rétablissement ou le plaidoyer national sont-ils importants pour les GEM ?
Pierrick Le Loeuff : Cela a beaucoup de sens, parce qu’il faut des espaces où les acteurs se rencontrent. Le Congrès Réh@’b, les Ateliers du rétablissement, ce sont des moments importants pour échanger, mettre en lumière des actions innovantes, partager des retours d’expérience, débattre.
C’est aussi l’occasion de réunir des acteurs qui ne se voient pas toujours, de faire réseau, de prendre le temps de discuter. Pour nous, c’est essentiel.
Je pense aussi que Santé mentale France est l’un des seuls acteurs capables d’organiser ce type d’événements à cette échelle. Cela demande une logistique énorme, une capacité à anticiper, à mobiliser.
Sur le plaidoyer national, c’est la même chose. Sans coordination, on avance dispersés. Avec un acteur comme Santé mentale France, on peut parler plus fort et aller plus loin.
Dans le contexte actuel, pourquoi est-il devenu essentiel d’agir collectivement dans le champ de la santé mentale ?
Pierrick Le Loeuff : Agir collectivement, c’est d’abord ne pas se replier sur soi. Aujourd’hui, tout le monde est sous tension : les structures, les professionnels, les personnes concernées. Les budgets sont contraints, la santé mentale est un sujet de plus en plus visible, mais les besoins explosent. Le risque, c’est que chacun retourne dans son pré carré en disant : “Je priorise mon association, ma fédération, mon quotidien.”
Le collectif permet de résister à ce phénomène. Il permet de se rappeler qu’on est plus forts ensemble, même avec des désaccords. Il permet de construire une parole commune, de peser davantage, de faire entendre la place des personnes concernées.
Pour les GEM, l’enjeu est aussi de mieux représenter les personnes concernées sur les territoires. Nous travaillons par exemple au lancement d’une grande plateforme numérique nationale, avec un annuaire des GEM, des ressources, des espaces d’échange et de pratiques entre acteurs. L’idée est de rendre l’information plus accessible, plus claire, plus utile.
Agir collectivement, c’est donc permettre aux personnes concernées de prendre leur place, non pas symboliquement, mais réellement.
