Interview adhérent : Fondation des Amis de l’Atelier – Pierre-Yves Lenen
Retour aux actualités
Depuis plus de 60 ans, la Fondation des Amis de l’Atelier accompagne des personnes en situation de handicap, avec un ancrage historique fort dans le champ du handicap psychique et de la santé mentale. Acteur majeur du secteur médico-social, elle accompagne aujourd’hui plus de 4 000 personnes au sein de ses établissements, services et dispositifs.
Adhérente de Santé mentale France depuis 2017, la Fondation partage avec la fédération une même attention portée à la place des personnes concernées, à la coopération entre les acteurs et à l’évolution des pratiques. Ce rapprochement prend aujourd’hui une résonance particulière alors que la Fondation fait des approches de réhabilitation psychosociale l’un des axes structurants de son projet stratégique 2026-2030.
À travers cette interview, Pierre-Yves Lenen, Directeur général de la Fondation des Amis de l’Atelier, revient sur les liens construits avec Santé mentale France.
Pouvez-vous présenter La Fondation des Amis de l’Atelier, votre parcours et les enjeux que vous portez aujourd’hui ?
Pierre-Yves Lenen : La Fondation intervient auprès des personnes concernées par les troubles psychiques à travers des établissements et services médico-sociaux pour enfants et adultes. Lieux de vie et de soins, soutien médico-social à domicile et accompagnement vers l’inclusion en milieu ordinaire, travail en milieu protégé et soutien à l’insertion professionnelle : la palette des solutions que nous proposons est très large. Nous gérons aussi des dispositifs comme les résidences d’accueil et soutenons plusieurs Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM). Nous avons fait le choix de concentrer notre implantation géographique en Île-de-France pour privilégier la complémentarité de notre offre de services.
Pour ma part, j’ai plutôt évolué dans le secteur public. J’ai travaillé à la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie(CNSA), au Ministère de la Santé et je suis issu de l’environnement des Agences Régionales de Santé (ARS). En 2022, j’ai pris la direction générale de la Fondation des Amis de l’Atelier.
Aujourd’hui, l’un de nos principaux enjeux est la mise en œuvre de notre projet stratégique 2026-2030. L’un de ses marqueurs importants est notre volonté de nous engager davantage dans les approches orientées rétablissement, en soutenant la participation et l’autonomie des personnes accompagnées, et en renforçant l’expertise de nos équipes, notamment en matière de réhabilitation psychosociale.
Ce sont des sujets sur lesquels nous commencions déjà à travailler, mais avec ce nouveau projet, l’ambition est d’en faire une orientation véritablement stratégique et institutionnelle, et progressivement un élément central de nos établissements médico-sociaux.
Pourquoi avoir choisi d’adhérer à Santé mentale France ?
Pierre-Yves Lenen : Cette relation s’inscrit dans la durée et fait écho à notre histoire : le handicap psychique est le secteur sur lequel la Fondation a commencé à travailler, dès les années 1950, et nous avons depuis longtemps, des liens avec différents acteurs de ce champ.
La Fondation a adhéré à Santé mentale France en 2017 par intérêt pour la vision décloisonnée que portait la Fédération, promouvant le rapprochement entre psychiatrie et secteur médico-social. Nous avons ensuite franchi une étape supplémentaire en nous engageant au sein du Conseil d’Administration de Santé mentale France, ce qui nous a permis de nous nourrir des réflexions en cours sur l’évolution des approches et pratiques en santé mentale, notamment sur le rétablissement. Nous avons de notre côté partagé avec le Conseil d’Administration notre expertise spécifique sur le handicap, et sur sa transformation, qui reste actuellement un vaste chantier au niveau national. Enfin, et dernière étape, nos équipes et certains de nos cadres dirigeants consolident leurs liens avec la coordination régionale Santé mentale France Ile-de-France et ont participé, avec de nombreux usagers, aux Ateliers du rétablissement et au Salon francilien de la santé mentale organisé par la coordination.
Aujourd’hui, cette relation continue de se renforcer. La Fondation est actuellement engagée dans une évolution de ses statuts, dans ce cadre, nous avons proposé à Santé mentale France d’intégrer notre conseil d’administration, ce que la fédération a accepté.
Ce rapprochement témoigne de la solidité de notre relation avec Santé mentale France : il ne s’agit pas d’un partenariat de circonstance, mais d’une relation qui s’inscrit dans une histoire commune et qui est appelée à s’ancrer encore davantage dans les années à venir.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Santé mentale France et sur sa place dans le champ de la santé mentale ?
Pierre-Yves Lenen : L’intérêt de Santé mentale France est de parvenir à réunir autour de la table toutes les parties prenantes. On y retrouve des acteurs issus du secteur sanitaire, des personnes concernées, des acteurs du médico-social, des représentants des familles… Cela permet d’avoir un raisonnement à 360 degrés sur les débats qui traversent aujourd’hui la santé mentale en matière de prévention, d’inclusion, de soins et de lutte contre la stigmatisation.
De ce point de vue, Santé mentale France représente pour nous un espace de dialogue particulièrement intéressant, justement par son caractère ouvert et la diversité des acteurs rassemblés.
C’est aussi un enjeu pour la Fondation. Nous sommes un opérateur médico-social important en Île-de-France, mais historiquement assez discret. Participer aux différents temps proposés par Santé mentale France, notamment lors des journées régionales de la coordination régionale Santé mentale France Île-de-France [NDLR il en existe 12, une pour chaque région] de la fédération ou l’édition francilienne des Ateliers du Rétablissement, nous permet de participer davantage aux réflexions du secteur et de renforcer les échanges avec d’autres acteurs.
Quelles sont les valeurs portées par Santé mentale France qui font particulièrement écho à votre engagement ?
Pierre-Yves Lenen : La primauté accordée à la personne est sans doute le point qui me semble le plus important. La place donnée aux personnes concernées et aux familles fait profondément écho aux valeurs portées au sein de la Fondation.
Cette vision est également cohérente avec l’évolution que nous souhaitons prendre en mettant au coeur de notre approche la prise en compte des capacités et des valeurs des personnes accompagnées et le renforcement de leur pouvoir d’agir, pour construire avec elles des parcours en adéquation avec leurs aspirations, et porteurs de sens pour les professionnels.
Qu’est-ce que l’adhésion à Santé mentale France vous apporte concrètement au quotidien ?
Pierre-Yves Lenen : À partir du moment où l’on intègre une fédération comme Santé mentale France, on intègre un réseau qui favorise la circulation des ressources et des échanges avec des acteurs confrontés aux mêmes réflexions que nous.
Cela relève aussi d’une forme d’accompagnement métier : ces échanges nourrissent les pratiques professionnelles, permettent de voir comment d’autres structures avancent sur certains sujets, quelles difficultés elles rencontrent et comment elles parviennent à les dépasser. Je n’attends pas de Santé mentale France qu’elle nous fournisse des réponses toutes faites. L’intérêt est plutôt de pouvoir disposer d’un angle de vue suffisamment large sur ce qui existe et sur ce qui peut faciliter notre propre réflexion, voire notre transition.
C’est là que le positionnement de Santé mentale France me paraît intéressant : la fédération occupe une position de carrefour. Elle permet de faire circuler les expériences et les bonnes pratiques entre des acteurs différents, pour que chacun puisse s’en saisir et nourrir ses propres réflexions.
Pourquoi les événements et espaces collectifs portés par Santé mentale France sont-ils importants pour une structure comme La fondation des Amis de l’Atelier ?
Pierre-Yves Lenen : Les espaces d’échanges proposés par la fédération, comme le Congrès Réh@b’ ou les Journées nationales sont de véritables outils d’animation de réseau. Ces événements permettent d’accéder à des interventions, des conférences, des retours d’expérience et des outils, qui viennent nourrir très concrètement les réflexions et les pratiques professionnelles.
Mes équipes participent régulièrement aux Ateliers du rétablissement et aux autres événements de la Fédération. Cela peut varier en fonction des thématiques ou des calendriers, mais c’est un format qu’elles utilisent et les retours que j’en ai sont très favorables.
Pouvoir constater que certaines démarches fonctionnent, qu’elles sont déjà mises en œuvre par d’autres et comprendre comment elles ont été développées permet aussi de donner des perspectives. Cela contribue à alimenter la dynamique de transformation de nos propres établissements et de nos équipes.
Dans le contexte actuel, pourquoi est-il essentiel de continuer à agir collectivement dans le champ de la santé mentale ?
Pierre-Yves Lenen : La psychiatrie ne résume pas à elle seule la santé mentale, mais sa fragilisation actuelle nous concerne tous. Même dans le médico-social, nous en ressentons les conséquences. C’est un sujet qui dépasse les différents positionnements des acteurs : le champ de la santé mentale a besoin d’une psychiatrie qui se porte bien, notamment pour accompagner le développement d’approches comme la réhabilitation psychosociale et le rétablissement.
Concernant la Grande cause nationale, la prise de conscience autour de la santé mentale est de plus en plus réelle et c’est une avancée, et la mobilisation de Santé mentale France dans ce cadre est à ce titre, salutaire. En revanche, nous peinons encore à voir se concrétiser certaines annonces à travers des mesures fortes.
Pour autant, le secteur, lui, avance. De nombreuses dynamiques se structurent sans attendre les annonces pour se concrétiser. À la Fondation des Amis de l’Atelier, nous avons par exemple fait le choix de transformer notre offre de services pour l’ouvrir encore davantage sur des coopérations avec tous les acteurs du territoire, au profit de parcours plus inclusifs. Nous avons aussi choisi de prendre le virage des approches orientées rétablissement et de nous donner cinq ans pour en faire progressivement un marqueur de nos établissements médico-sociaux.
Et nous ne sommes pas les seuls. Malgré les difficultés, le secteur se met en ordre de marche : les acteurs font évoluer leurs pratiques, les initiatives se structurent et les transformations avancent.
Si vous aussi vous souhaitez adhérer à la Fédération Santé mentale France adressez-vous à l’adresse suivante : contact@santementalefrance.fr
