Interview adhérent : GEM No Mad – Anne Lochet
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Anne Lochet est présidente du GEM (Groupe d’Entraine Mutuelle) No Mad, [NDLR, lieu convivial où des personnes concernées par des troubles psychiques peuvent se rencontrer, s’entraider et créer du lien social], depuis 2017 et membre de l’association depuis 2009. Elle fréquente également depuis plus de vingt ans le GEM Bon Pied Bon Œil, à Toulouse. Son parcours illustre la manière dont les Groupes d’entraide mutuelle peuvent devenir des espaces de resocialisation, d’engagement et de reprise du pouvoir d’agir.
Adhérente de Santé mentale France et membre de son Conseil d’Administration, elle porte un regard à la fois personnel et politique sur la participation des personnes concernées. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, l’ouverture progressive du GEM No Mad vers la fédération, l’importance des rencontres et du réseau, mais aussi sur un enjeu essentiel : faire en sorte que la participation des personnes concernées ne soit pas seulement souhaitée, mais réellement rendue possible.
Pouvez-vous revenir sur votre parcours, votre rôle au sein du GEM No Mad et les enjeux que vous portez aujourd’hui ?
Anne Lochet : Mon parcours au sein du GEM s’est fait un peu en pointillé. Pendant plusieurs années, je venais participer à des activités, à une période où j’étais moi-même dans un parcours de soins. Puis, en 2017, je suis devenue présidente.
Je fréquente également depuis plus de vingt ans le GEM Bon Pied Bon Œil, à Toulouse. Dans ces deux GEM, j’ai fait l’expérience de quelque chose qui me semble très important : on peut venir, repartir, puis revenir à une autre place. C’est ce qui s’est passé pour moi à No Mad. Le fait de revenir et de changer de place m’a permis d’évoluer dans mon rétablissement, de reprendre des études et de me réinscrire progressivement dans la vie sociale.
Être présidente m’a notamment permis de comprendre ce qu’implique le fait d’avoir un rôle et un statut dans un collectif. À une période où la maladie m’avait beaucoup désocialisée, cela m’a aidée à reprendre pied dans le champ social, à retrouver des repères, des responsabilités, des règles communes.
Aujourd’hui, les enjeux que je porte concernent beaucoup la représentation des personnes concernées.
Comment les liens entre le GEM No Mad et Santé mentale France se sont-ils construits au fil des années ?
Anne Lochet : Les liens avec Santé mentale France s’inscrivent dans une histoire assez ancienne. Nous avons toujours été proches de structures déjà engagées dans les questions de représentation, notamment le GEM Bon Pied Bon Œil, qui participait à l’époque aux Croix-Marine, ancêtre de Santé mentale France. Il y a donc une forme de continuité dans cette histoire.
Il y a aussi des personnes qui ont fait le lien au fil des années. Je pense notamment à Nathalie Aoustin, aujourd’hui Vice-Présidente de Santé mentale France, que je connais depuis plus de vingt ans et qui a participé à la création de No Mad.
De notre côté, nous nous sommes rapprochés de la fédération très progressivement. Je me souviens notamment d’un congrès à Avignon, autour de 2012, puis d’autres congrès et colloques auxquels nous avons participé au fil des années. Au départ, nous y allions surtout à plusieurs, pour vivre une expérience ensemble, sortir de notre environnement habituel, rencontrer d’autres personnes et découvrir ce qui se faisait ailleurs.
La dimension plus politique est venue dans un second temps. Il a fallu plusieurs années pour nous familiariser avec ces espaces et comprendre l’intérêt d’y prendre part. Je crois qu’un collectif doit aussi être prêt à franchir cette étape : cela dépend des parcours des personnes, des expériences accumulées et de la maturité du groupe. Petit à petit, nous avons mieux compris l’intérêt de nous inscrire dans un espace plus large et de participer, nous aussi, aux réflexions et aux enjeux de représentation portés par la fédération.
Quel regard portiez-vous sur Santé mentale France, et comment cette perception a-t-elle évolué avec le temps ?
Anne Lochet : Pendant longtemps, j’ai surtout connu la fédération de l’extérieur, sans forcément mesurer ce que pouvait représenter le fait de s’y investir.
Mon regard a évolué avec mon propre parcours. Le fait de reprendre des études en sciences sociales m’a donné certaines clés de compréhension, et mon implication au sein de Santé mentale France m’a permis de mieux saisir l’intérêt de ces espaces de représentation : pourquoi il est important que les personnes concernées y soient présentes, qu’elles puissent faire entendre leur expérience et participer aux réflexions qui les concernent.
Aujourd’hui, je vois surtout Santé mentale France comme un espace qui permet de décloisonner. On y rencontre des personnes et des acteurs issus d’univers très différents, qui n’auraient pas forcément l’occasion de se croiser autrement. C’est cette diversité qui me paraît particulièrement riche : elle permet de confronter les regards, de mieux comprendre les réalités de chacun et, progressivement, de construire des choses ensemble.
Quelles sont les valeurs portées par Santé mentale France qui font particulièrement écho à votre engagement ?
Anne Lochet : Ce qui me paraît particulièrement important chez Santé mentale France, c’est la volonté de donner une vraie place aux personnes concernées et de les associer aux réflexions comme aux espaces de décision. C’est quelque chose qui fait directement écho à mon engagement et à ce que nous défendons dans les GEM : pouvoir participer, prendre des responsabilités et être acteur des sujets qui nous concernent.a primauté accordée à la personne est sans doute le point qui me semble le plus important. La place donnée aux personnes concernées et aux familles fait profondément écho aux valeurs portées au sein de la Fondation.
Je le vois aussi à travers ma participation au Conseil d’Administration. Être présente dans cette instance me permet de prendre part aux discussions, de mieux comprendre les enjeux qui traversent le champ de la santé mentale et d’y apporter le regard d’une personne concernée.
Je pense que cette volonté de participation peut encore nous amener plus loin, notamment en réfléchissant collectivement à la manière de rendre ces espaces toujours plus accessibles. Quand on arrive dans une instance comme un Conseil d’Administration, il faut parfois du temps pour se familiariser avec les sujets, les termes employés et les différents acteurs.
Une personne à No Mad avait une formule que je trouve très juste : « Il faut y être avant d’en être. » Il faut pouvoir entrer dans ces espaces, apprendre progressivement à en comprendre les codes et trouver sa place.
Qu’est-ce que l’adhésion à Santé mentale France vous apporte concrètement au quotidien ?
Anne Lochet : Il y a d’abord un enjeu de visibilité, pas uniquement pour No Mad, mais plus largement pour la représentation des personnes concernées. Mais ce que je trouve particulièrement précieux, c’est le réseau.
Santé mentale France permet de rencontrer énormément de personnes et de structures avec lesquelles nous n’aurions pas forcément été en contact autrement. Ces rencontres nationales peuvent ensuite créer des collaborations ou des liens au niveau régional.
Pour moi, l’intérêt d’une fédération se trouve beaucoup dans ce travail concret et au long cours. Bien sûr, être associé à un plaidoyer commun est important. Mais ce plaidoyer est aussi le résultat de toutes les discussions, des rencontres et du travail de réseau qui ont lieu avant.C’est vraiment au contact des gens qu’il se passe des choses. Les échanges permettent de faire émerger des idées, de questionner nos propres pratiques et parfois de construire de nouvelles choses sur les territoires.
Pourquoi des espaces collectifs comme le Congrès Réh@b’, les Journées nationales ou les autres temps de rencontre portés par Santé mentale France sont-ils importants pour les GEM ?
Anne Lochet : Ces événements permettent de rencontrer des personnes concernées venant d’autres territoires et notamment des pairs-aidants. C’est quelque chose de particulièrement intéressant pour nous, parce que les questions autour de la pair-aidance, de sa professionnalisation et de l’entraide mutuelle nous interrogent beaucoup à No Mad.
Sur un territoire, on connaît certaines personnes et certaines initiatives. Mais on ne sait pas forcément ce qui existe ailleurs en France. Le Congrès Réh@b’ et les Journées nationales permettent justement cette mise en lien.
Ce sont aussi des espaces qui permettent de déplacer le regard sur le rétablissement. J’ai par exemple été très touchée par certains portraits diffusés par Plein Espoir lors des Journées nationales à Montpellier. L’un d’entre eux parlait notamment de la vie de couple d’une personne vivant avec un trouble psychique.
J’ai trouvé intéressant que l’on sorte de la question du travail, qui est souvent très centrale lorsque l’on parle de rétablissement. Bien sûr, le travail peut avoir une place importante dans la vie sociale et dans la stabilité économique. Mais le rétablissement, c’est aussi pouvoir avoir une vie accomplie dans ce qui est important pour soi : une vie affective, intime, amoureuse, familiale, une qualité de vie. Ces espaces permettent justement d’ouvrir les réflexions à d’autres dimensions de la vie.
Dans le contexte actuel, pourquoi est-il essentiel de continuer à agir collectivement dans le champ de la santé mentale ?
Anne Lochet : Nous sommes dans une société qui nous individualise beaucoup et cet individualisme peut nous replier sur nous-mêmes. Si l’on veut faire avancer les choses, il faut y aller ensemble. Le collectif est indispensable, et il est tout aussi indispensable de continuer à le faire vivre.
Dans le champ de la santé mentale, cela signifie aussi réussir à faire dialoguer des mondes différents : le sanitaire, le médico-social, le social, les personnes concernées… Ce n’est pas toujours simple parce que nous n’utilisons pas forcément les mêmes mots et que nous n’avons pas toujours les mêmes logiques.
Mais justement, le fait d’être en collectif permet progressivement de s’ajuster, de réfléchir au langage que l’on utilise et de mieux se comprendre.
Si vous aussi vous souhaitez adhérer à la Fédération Santé mentale France adressez-vous à l’adresse suivante : contact@santementalefrance.fr
