Interview de Pedro Santos Serra — Président de la coordination régionale Île-de-France
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Rencontre avec Pedro Santos Serra, Psychiatre, Chef de pôle et Président de la coordination régionale Santé mentale France Île-de-France.
Engagé depuis plus de quarante ans dans le champ de la santé mentale, il défend une psychiatrie profondément ancrée dans la cité, attentive aux droits, à la citoyenneté et au pouvoir d’agir des personnes concernées.
Dans un territoire marqué par le poids des établissements hospitaliers, il œuvre au décloisonnement des pratiques et à la promotion du rétablissement et de la réhabilitation psychosociale. À travers des temps forts comme les Ateliers du Rétablissement ou des rencontres régionales thématiques, il contribue à faire vivre une dynamique collective, articulant étroitement enjeux territoriaux et vision nationale.
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours, ainsi que sur ce qui a motivé votre engagement pour la santé mentale ?
Pedro Santos Serra : Je suis psychiatre de formation. J’ai commencé mes études et ma pratique au Brésil, il y a maintenant quarante ans. Très tôt, je me suis passionné pour ce domaine, pas uniquement comme discipline, mais comme champ profondément humain, traversé par des questions sociales, culturelles et citoyennes.
En 1992, à mon arrivée en France, j’ai exercé à la Clinique de La Borde, dans le Loir-et-Cher, un lieu marqué par l’histoire de la psychothérapie institutionnelle (ndlr, courant de la psychiatrie qui souhaite humaniser l’hôpital en faisant de son organisation et de la vie collective un élément du soin). J’ai ensuite rejoint la région parisienne, où j’exerce toujours aujourd’hui en tant que chef de pôle (ndlr, responsable médical et organisationnel d’un pôle regroupant plusieurs unités ou services au sein d’un établissement de santé).
Mon engagement s’inscrit dans une pratique très ancrée dans la cité : une psychiatrie de proximité, attentive à la citoyenneté des personnes et au respect de leurs droits.
Ce qui m’a rapproché de la fédération Santé mentale France, c’est cette vision commune qui considère la personne concernée dans son ensemble. Une approche qui défend le rétablissement, le pouvoir d’agir et la possibilité pour chacun de retrouver une place pleine et entière dans la société.
En quoi consiste votre rôle au sein de la Coordination régionale Île-de-France et quels sont les enjeux ?
Pedro Santos Serra : Depuis 4 ans, je suis Président de la coordination régionale Île-de-France, une structure dynamique, composée d’un bureau engagé et d’un collectif soudé.
Notre premier enjeu est territorial : élargir notre réseau sur l’ensemble des départements franciliens et diffuser les principes portés par la fédération.
L’Île-de-France présente une spécificité : le poids des établissements sanitaires y est particulièrement important. Notre coordination est historiquement composée de nombreux professionnels issus du champ hospitalier. Ce qui nous conduit à investir fortement ce secteur, afin de promouvoir une approche en lien avec le médico-social et basé sur le rétablissement des personnes et la réhabilitation psychosociale.
Plus concrètement, nous organisons chaque année en région parisienne une demi-journée thématique rassemblant professionnels du soin et de l’accompagnement, personnes concernées, proches, aidants et partenaires. En 2025, nous avons choisi de travailler autour du thème « Art, culture et santé mentale ». Ce choix traduit la volonté d’affirmer que le droit des personnes à s’exprimer et la participation à la vie culturelle sont des dimensions essentielles au rétablissement.
Selon vous, quels sont les principaux éléments qui font la force et la pérennité de la fédération ?
Pedro Santos Serra : La première force de Santé mentale France réside dans le mot même de « fédération ». Elle rassemble des courants, des pratiques et des sensibilités très diverses (sanitaire, social, médico-social), qui se retrouvent autour de socles communs.
La notion de santé mentale est également importante. Elle permet d’articuler la question du trouble psychique avec celle du bien-être, de l’inclusion sociale, de la qualité de vie. Elle considère la psychiatrie à sa juste place : essentielle, mais inscrite dans un ensemble plus large qui inclut les déterminants sociaux, culturels et relationnels.
La fédération est capable de porter des positions claires et engagées, tout en restant dans un dialogue constructif avec les pouvoirs publics et les institutions, notamment via la création de son Livre blanc et ses 17 propositions pour une refondation du système de santé mentale en France. Cette capacité à tenir une ligne exigeante sans rompre le dialogue est, à mon sens, l’une des grandes forces de Santé mentale France.
Enfin, la place accordée aux personnes concernées et aux familles est fondamentale. Des initiatives comme le média Plein Espoir illustrent cette volonté de donner la parole, de rendre visibles les parcours et de lutter contre la stigmatisation.
Parmi les valeurs portées par la fédération, lesquelles vous tiennent particulièrement à cœur ?
Pedro Santos Serra : Ce qui me tient particulièrement à cœur, c’est la manière dont la fédération traduit ses valeurs en actions concrètes. Les notions de rétablissement, de pouvoir d’agir et de participation ne restent pas théoriques : elles s’incarnent dans des dispositifs et des outils très structurants.
Je pense par exemple aux Ateliers du Rétablissement en Santé mentale, qui créent des espaces de dialogue entre professionnels, personnes concernées et proches, autour des pratiques et des parcours, que nous avons notamment organisé en Île-de-France en 2024. C’est une illustration très concrète de cette culture du décloisonnement et de la co-construction.
Par ailleurs, la santé mentale en tant que Grande Cause nationale en 2025, renouvelée en 2026, ainsi que la co-animation du Collectif associé, témoignent d’une capacité à inscrire la santé mentale dans le débat public et à mobiliser largement.
Pour moi, la force de ces initiatives, c’est qu’elles relient l’éthique et l’action. Elles traduisent concrètement cette conviction que la santé mentale concerne toute la société et que chacun peut contribuer, à son niveau, à une approche plus inclusive et plus respectueuse des droits des personnes.
Pour clôturer cet échange, que souhaitez-vous partager aux adhérents et soutiens de Santé mentale France ?
Pedro Santos Serra : Ce que j’aimerais partager, c’est qu’il ne faut vraiment pas hésiter à échanger entre structures, entre professionnels, entre territoires. La fédération est un espace de rencontre et de mise en relation !
J’aimerais aussi encourager les établissements, notamment hospitaliers, à rejoindre et à soutenir la fédération, grâce à leur adhésion. Pour un hôpital qui se veut engagé dans le rétablissement et dans une psychiatrie ouverte sur la cité, il me semble essentiel de participer à cette dynamique nationale. Ne pas s’inscrire dans cette mouvance, ce serait passer à côté d’un mouvement structurant pour l’avenir de notre discipline.
Enfin, je dirais que notre responsabilité collective est de contribuer à élever le regard porté sur les troubles psychiques, pour lutter contre la stigmatisation.
C’est dans cette perspective que je poursuis mon engagement : défendre une santé mentale profondément ancrée dans la citoyenneté, la culture et le vivre-ensemble.
