INTERVIEW DU MOIS : JEAN-FRANÇOIS BAUDURET, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SANTÉ MENTALE FRANCE

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Rencontre avec Jean-François Bauduret, Secrétaire général de Santé Mentale France et ancien haut fonctionnaire engagé. Il a contribué aux grandes évolutions de la santé mentale tout au long de sa carrière. Fort d’un parcours alliant terrain et réflexion stratégique, il œuvre pour une meilleure prise en charge des personnes concernées. Son engagement se traduit par des actions concrètes en faveur de la sensibilisation et de l’amélioration des dispositifs de soin.

“La principale force et originalité de notre fédération, par ailleurs reconnue d’utilité publique, c’est sa composition diversifiée.”

1. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours, notamment en lien avec votre engagement pour la santé mentale ?

Mon parcours a été principalement consacré à la construction de politiques publiques au sein des ministères chargés de la santé et des affaires sociales : notamment en tant que chef de bureau de la psychiatrie, puis comme sous- directeur de l’organisation des soins, après un passage en cabinet ministériel.

J’ai également été affecté à la direction de la cohésion sociale où je me suis occupé de la réorganisation du secteur des établissements et services sociaux et médicosociaux, avant de terminer ma carrière comme directeur adjoint de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie).

Autant dire qu’à ces divers postes, j’ai toujours eu à traiter du thème « Santé mentale-psychiatrie-handicap psychique » dans ses multiples composantes. J’ai également eu la chance de me rendre très fréquemment sur le terrain, afin de bien comprendre les réalités des organisations et des pratiques pour en tirer les conséquences au plan législatif, réglementaires et méthodologique, dans une logique de décloisonnement entre le sanitaire, le social et l’inclusion. Un engagement que je continue d’ailleurs de poursuivre au travers de Santé mentale France évidemment, mais également au travers de l’association AGATE dont je suis administrateur. Cette structure francilienne organise l’accueil et l’accompagnement des personnes présentant des troubles psychiques ou en situation de handicap psychique dans leur passage d’un appartement temporaire, individuel ou collectif, à un logement de droit commun en respectant la temporalité propre à chaque résident

2. De votre place de secrétaire général de Santé mentale France, quels sont les principaux éléments qui font la force de cette fédération ? 

La principale force et originalité de notre fédération, par ailleurs reconnue d’utilité publique, c’est sa composition diversifiée : établissements et services publics et associatifs offrant des prestations de soins, d’accompagnements médico-sociaux et sociaux, sans oublier les structures représentant les personnes concernées par la santé mentale et leurs entourages.


Nous sommes ainsi la seule fédération couvrant la totalité du champ de la santé mentale au service du rétablissement des personnes : prévention, diagnostics, soins, rétablissement, insertion, inclusion en milieu ordinaire de vie. Et tout cela en croisant les problématiques des établissements ou services et la parole et desiderata des usagers de ces dispositifs.

Nous pouvons également nous appuyer sur nos coordinations régionales en créant des passerelles à double sens entre le siège national et le terrain, tant il est vrai qu’il est essentiel de s’imprégner de la réalité des pratiques pour ne pas construire des stratégies hors sol, coupées des réalités.

Nous avons également contribué largement, au sein d’un collectif ad hoc, à obtenir que la santé mentale soit reconnue comme Grande cause Nationale pour 2025.

Progressivement nous devenons un interlocuteur reconnu tant des pouvoirs publics que des professionnels et acteurs du champ de la santé mentale. Mais nous avons toujours des marges de progrès, c’est pourquoi nous venons de formaliser nos orientations stratégiques 2025-2030, document synthétisant nos valeurs, nos fondamentaux et nos priorités d’actions sous la triple ambition de « parler plus fort », « d’aller plus loin » et « d’être plus rassembleur. » Ce projet stratégique sera d’ailleurs présenté officiellement durant nos Journées Nationales 2025, les 13 et 13 Juin prochains, à Montpellier.

3. Pouvez-vous nous rappeler les principales valeurs et projets défendus par Santé mentale France ?

Santé mentale France souscrit pleinement à l’objectif assigné par le législateur (loi santé) de 2016 : Parvenir à « l’amélioration continue de l’accès des personnes concernées à des parcours de santé et de vie de qualité, sécurisés et sans rupture ». Or nous observons encore et trop souvent des parcours chaotiques, fracturés, comportant souvent des chaînons manquants, ou bien des juxtapositions de prestations non coordonnées, parfois peu compatibles, ou bien encore une absence de tout accompagnement de ces populations particulièrement vulnérables au regard de leurs troubles mentaux… L’enjeu est bien de leur garantir un bouquet de prestations, d’étayages diversifiées et coconstruits visant « la promotion des capacités des personnes et leur maintien ou leur engagement dans une vie sociale et citoyenne active »


C’est pourquoi nous valorisons le rétablissement (processus porté par la personne elle-même), l’intégration (de la personne vers la société) et l’inclusion (de la société vers la personne).

Ainsi, trois principes d’action nous guident pour mettre en œuvre de ces valeurs :

La transversalité : mobiliser tous les acteurs et ministères concernés, en intégrant l’ensemble des composantes sociétales pour bâtir une politique de santé mentale globale.

Le décloisonnement : lever les barrières entre le sanitaire, le social et le médico-social afin de garantir un système de soins et un accompagnement intégré et continu.

La participation : promouvoir la pair-aidance, le pouvoir d’agir et l’autodétermination des personnes concernées, en respectant leurs droits et en soutenant leur rétablissement.

4. Quelles sont les initiatives récentes portées par la fédération ?

Elles sont multiples, mais la principale est la prochaine parution de notre livre blanc « Santé mentale : l’urgence d’agir » dans lequel nous formulons 17 propositions réparties en 5 thèmes principaux couvrant tous les segments d’une politique de santé mentale plus efficiente : prévention, parcours de soins et de vie, accompagnement, citoyenneté et gouvernance. Chaque axe de propositions est précédé de chiffres clés, d’un témoignage et d’exemples de bonnes pratiques issues du terrain, que connaissent intimement nos plus de 250 organisations et structures adhérentes.

Ces propositions ont pour ambition de servir de socle à une refondation conséquente de notre politique de santé mentale et de psychiatrie, au moment même où ce thème est érigé en grande cause nationale.

S’agissant de nos autres initiatives, je vous renvoie à l’interview que vous avez faite avec notre vice présidente Valérie PAPAREILLE : Journées nationales,  Ateliers régionaux du rétablissement,  Formations aux premiers secours en santé mentale, participation aux projets territoriaux de santé mentale, sans parler de nos nombreuses participations aux instances consultatives thématiques.  Nous restons enfin particulièrement actifs dans le Collectif Santé mentale Grande cause nationale qui travaille actuellement sur une campagne média de destigmatisation, dont nous co-animons le secrétariat aux côtés de nos partenaires. L’animation du Collectif Directives Anticipées en Psychiatrie (DAP) continue elle-aussi. Un guide pratique à d’ailleurs été récemment publié par le Collectif, et permet d’avancer vers un déploiement plus rapide de ces outils de droits et de soin.

5. Pour finir, quel message souhaitez- vous adresser aux adhérents et aux soutiens de SmF ?

Il nous faut poursuivre inlassablement notre mobilisation au service des processus de rétablissement des personnes les plus invalidées par des troubles psychiques conséquents : schizophrénies, troubles bipolaires, dépressions résistantes, notamment.  Promouvoir des étayages diversifiés (soins, accompagnements, entraide, aides humaines) dans des proportions adaptées, des combinaisons, des alternances, mis en œuvre par une gamme d’intervenants articulés entre eux. Mais la clé du succès c’est la co-construction de ces étayages entre personnes concernées, entourages et professionnels. Le mouvement parallèle à l’œuvre, et que nous soutenons, d’une prise de conscience de la santé mentale comme d’un enjeu sociétal, nous porte.

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