Interview de Philippe Causse — Président de la coordination régionale Santé mentale France Occitanie

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Rencontre avec Philippe Causse, engagé depuis plus de trente ans dans le champ de la santé mentale. Entré dans le secteur au milieu des années 1990, il découvre alors le mouvement des Croix-Marine, dont Santé mentale France est aujourd’hui l’héritière, une étape fondatrice de son parcours.

Après une première expérience dans le secteur sanitaire, il s’oriente au début des années 2000 vers le médico-social, où il exerce des fonctions de direction et participe à la création de nombreux dispositifs d’accompagnement pour les personnes vivant avec des troubles psychiques. Son parcours reflète une connaissance fine des évolutions du secteur et un attachement constant au développement de réponses diversifiées, favorisant l’inclusion, le maintien à domicile et la dignité des personnes accompagnées.

Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours, ainsi que sur ce qui a motivé votre engagement pour la santé mentale ?

Philippe Causse : Mon engagement remonte à plus de trente ans maintenant !
J’ai commencé à travailler dans le secteur de la santé mentale au milieu des années 90. C’est notamment à ce moment-là que j’ai découvert les Croix-Marine [NDLR Mouvement dont la fédération Santé mentale France est l’héritière], en participant au premier Congrès à Montpellier.

Il y a aussi une dimension plus personnelle, familiale, à cet engagement. Mon arrière-grand-père, ancien combattant, a été profondément touché par la guerre et a ensuite été hospitalisé en psychiatrie. Son histoire m’a très tôt sensibilisé aux enjeux de la psychiatrie, de l’après-guerre, et plus largement à la question de la psychothérapie institutionnelle.

Concernant mon parcours, au départ, j’ai travaillé plutôt du côté du sanitaire, puis au début des années 2000, je suis passé dans le secteur médico-social. J’ai été directeur d’établissements, accompagnant des personnes vivant avec des troubles psychiques et j’ai participé à la création de nombreux dispositifs : foyers médicalisés, foyers de vie, SAVS, SAMSAH, dispositifs de maintien à domicile, accueil familial, habitats inclusifs. J’ai traversé toutes les grandes évolutions du secteur, notamment la réduction des lits en psychiatrie et le développement du médico-social.

Aujourd’hui encore, même si j’ai changé d’association, je reste pleinement engagé dans ce champ, notamment au sein d’AVH34 (Association de la vallée de l’Hérault), une association gestionnaire d’établissements et de services sociaux et médico-sociaux dans l’Hérault, dont la mission est de permettre à chacun d’agir et de vivre dignement au sein de la société.

En quoi consiste votre rôle au sein de la coordination régionale Occitanie de Santé mentale France ?

Philippe Causse : J’ai suivi de près l’évolution de la fédération, en particulier au moment de la fusion qui a donné naissance à Santé mentale France telle qu’elle existe aujourd’hui [NDLR en 2016] . J’ai vu cette transformation se faire progressivement, avec une fédération qui s’est peu à peu organisée, structurée et rendue plus lisible, aussi bien pour les acteurs de terrain que pour les partenaires institutionnels.

Au niveau régional, mon rôle s’inscrit pleinement dans cette dynamique collective portée par Santé mentale France. J’ai notamment été très impliqué dans la préparation des Journées Nationales – Santé mentale France à Montpellier en 2025, mais aussi, plus largement, en tant que Président de la coordination régionale Occitanie.

Pour moi, la coordination régionale est avant tout un espace de dialogue et de mise en lien. Elle permet de faire se rencontrer des acteurs du sanitaire, du médico-social, du monde associatif, mais aussi des personnes concernées, autour d’enjeux communs de santé mentale. C’est un lieu où l’on peut confronter des points de vue, débattre, parfois ne pas être d’accord, tout en conservant un cadre respectueux et partagé. L’objectif collectif est bien évidemment de faire émerger et de valoriser des pratiques orientées vers le rétablissement, d’animer les territoires et de contribuer à la reconnaissance des droits des personnes concernées, en affirmant des accompagnements respectueux de leur parole, de leurs choix et de leur dignité.

Selon vous, quels sont les principaux éléments qui font la force et la pérennité de la fédération ?

Philippe Causse : Ce qui fait la force de Santé mentale France, c’est la capacité de la fédération à s’inscrire dans un projet commun clair et partagé, afin de porter une parole collective cohérente sur les enjeux de santé mentale.

La fédération s’est dotée d’outils structurants, comme le Livre blanc et a développé un plaidoyer reconnu au niveau national. Cette reconnaissance, renforcée notamment par la mobilisation autour de la grande cause nationale 2025 prolongé en 2026, donne un véritable poids à la parole de Santé mentale France dans le dialogue avec les pouvoirs publics. Quand on s’exprime au nom de la fédération, cette parole est identifiée, écoutée et prise en compte.

C’est un atout majeur pour les territoires. Le fait que Santé mentale France s’adresse à l’ensemble du champ de la santé mentale et pas uniquement à la psychiatrie, permet de fédérer pleinement les acteurs du sanitaire, du social et du médico-social. La fédération joue ainsi un rôle de porte-voix collectif, en intégrant la diversité des points de vue, c’est à mes yeux, l’une des grandes richesses de Santé mentale France.

Parmi les valeurs portées par la fédération, lesquelles vous tiennent particulièrement à cœur ?

Philippe Causse : Ce qui me tient particulièrement à cœur, c’est la place accordée aux personnes concernées par les troubles psychiques, à leur participation et à leur pouvoir d’agir. La fédération affirme de manière très claire la capacité des personnes à se déterminer par elles-mêmes et à être pleinement actrices de leur parcours, c’est un principe fondamental.

La question du rétablissement s’inscrit naturellement dans cette logique. Le rétablissement, tel que Santé mentale France le porte, est devenu un cadre de référence central, partagé par l’ensemble des acteurs. Il s’inscrit dans une approche plus inclusive de la société, attentive à la reconnaissance des singularités et à la lutte contre la stigmatisation. Je crois que la fédération a largement contribué à structurer, approfondir et rendre pleinement opérante cette notion, tant sur le plan des pratiques que des orientations politiques.

Comment le rétablissement porté par la fédération permet-il d’influer concrètement en région ?

Philippe Causse : On observe aujourd’hui des effets très concrets sur le terrain. De nombreux professionnels se sont formés au rétablissement, notamment à travers la formation “intégrer le rétablissement” portée par Santé mentale France, et cela a eu un impact réel sur les pratiques et les postures d’accompagnement. Cette approche a permis de faire évoluer les représentations et de recentrer les accompagnements autour des projets de vie, construits avec les personnes concernées et non plus uniquement pour elles.

J’ai pu également en mesurer les effets lors de webinaires consacrés au rétablissement que nous avons animés avec Claire Leroy Hatala [NDLR Docteur en sociologie des organisations et intervenante en Santé mentale et travail], mais aussi à travers les retours de terrain et les témoignages directs de personnes accompagnées. Ces espaces ont permis de croiser les regards des professionnels et des personnes concernées, et de rendre visibles des pratiques concrètes orientées vers le rétablissement.

Je pense également à des outils structurants comme les directives anticipées en psychiatrie, portées collectivement et notamment par le collectif DAP que Santé mentale France co-anime.

Que retenez-vous de l’édition 2025 des Journées Nationales – Santé mentale France à Montpellier ?

Philippe Causse : L’organisation des Journées Nationales – Santé mentale France a représenté un projet structurant pour la coordination régionale. Le soutien de la fédération au niveau national a donc été déterminant, en apportant un accompagnement méthodologique et stratégique sécurisant tout au long du processus.

Ces journées ont été une réussite. Elles ont offert un cadre propice aux échanges, à des débats approfondis et à une mobilisation large des acteurs. Elles ont également constitué une instance de réflexion collective permettant d’aborder des enjeux structurants pour la santé mentale.

En maintenant un espace de débat résolument orienté vers la recherche de solutions, ce type de temps fort joue un rôle essentiel. Il permet des échanges constructifs entre des points de vue pluriels, favorise la co-construction et soutient l’élaboration de réponses collectives. 

Cette capacité à faire vivre le débat, à structurer la réflexion et à avancer ensemble constitue l’une des plus-values majeures de l’action fédérative, particulièrement dans un contexte où les tensions sectorielles et sociétales peuvent être fortes. Elle contribue pleinement au renforcement des dynamiques territoriales et au sentiment d’appartenance à un projet commun.

De manière plus large, quels seront selon vous les grands enjeux pour la coordination dans les années à venir ?

Philippe Causse : L’un des enjeux majeurs pour les années à venir réside dans la mobilisation et l’animation des territoires. Il s’agit de consolider les coordinations régionales, de favoriser l’émergence de relais locaux et de soutenir des dynamiques collectives, dans un contexte où le secteur médico-social est particulièrement contraint.

Cet engagement suppose une reconnaissance institutionnelle, notamment de la part des employeurs, afin de permettre une implication sur le temps de travail. La diffusion du Livre blanc contient l’essentiel de ce que nous avons à dire, mais il faut réussir à le faire circuler plus largement.

Enfin, je crois beaucoup à l’importance des lieux de participation, de démocratie et de citoyenneté, comme les GEM. Ce sont des espaces où se développent des pratiques innovantes autour du rétablissement, et ils ont un rôle clé à jouer dans les années à venir.

Que souhaitez-vous partager pour clôturer cet échange ?

Philippe Causse : Pour moi, faire partie de Santé mentale France, c’est avant tout se donner une véritable philosophie d’action. C’est s’inscrire dans un cadre collectif qui permet de redonner du sens aux pratiques professionnelles, à un moment où ce sens est parfois fragilisé.

La fédération constitue une ressource précieuse, à la fois en termes de réflexion, de valeurs et de dynamiques collectives. Elle offre des espaces pour prendre du recul, partager des expériences, confronter les pratiques et nourrir une vision commune de la santé mentale. C’est aussi un lieu où l’on peut trouver de l’énergie pour continuer à avancer ensemble, dans une logique de coopération et de solidarité entre acteurs.

Enfin, je crois que Santé mentale France porte une forme d’espoir. Un espoir fondé sur la reconnaissance des personnes concernées, sur le rétablissement, et sur la capacité collective à faire évoluer les pratiques et les représentations. 

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